L’exécutif est confronté à une colère sociale puissante mais aussi plurielle, avec des revendications portées par différents mouvements. Franceinfo fait le point sur les demandes des uns et des autres et les réponses apportées jusqu’à présent.
Une crise profonde qui se traduit par des revendications multiples. Dès la mi-septembre, ce sont les lycéens, rejoints par les étudiants, qui ont ouvert le bal de la contestation sociale en bloquant leurs établissements et en organisant des manifestations partout en France. Les gilets jaunes, dont la mobilisation avait secoué le pays en 2018 et 2019, ont ensuite appelé à manifester le 17 octobre, lors d’un samedi de colère émaillé de nombreuses violences. Après une première journée d’action centrée sur la fonction publique le 29 septembre, l’intersyndicale a de son côté annoncé, début octobre, une nouvelle journée de mobilisation le 5 novembre.
Les demandes exprimées devant les lycées et dans la rue ces dernières semaines sont diverses mais convergent néanmoins majoritairement autour du pouvoir d’achat, de la défense des services publics et de la justice fiscale et sociale. Franceinfo vous résume les revendications portées par ces différents mouvements et les réponses apportées pour le moment par le gouvernement Lecornu, en attendant de nouvelles mesures qui doivent être annoncées dans les prochains jours.
Les demandes des lycéens et étudiants
• Ce qu’ils demandent. Les lycéens qui ont manifesté et bloqué leurs établissements depuis mi-septembre demandent l’abolition ou la refonte profonde de la plateforme Parcoursup, la refonte des rythmes scolaires et l’abrogation de la réforme Blanquer en 2018, qui a supprimé les filières au lycée. Ils réclament aussi le remplacement systématique des professeurs absents, des effectifs allégés en cours, la rénovation et l’adaptation climatique des établissements scolaires et le droit de manifester en sécurité, sans répression policière.
Les principales organisations étudiantes (la Fage, l’Union étudiante, et l’Unef) portent de leur côté dix revendications principales(Nouvelle fenêtre), dont elles évaluent le coût à 10 milliards d’euros, parmi lesquelles la création de 250 000 places dans l’enseignement supérieur public, une réforme des bourses étudiantes comprenant une augmentation de 200 euros par mois, et la rénovation des résidences « insalubres » des Crous.
• Ce que leur répond le gouvernement. Le gouvernement a mis en place un plan d’urgence de remplacement des enseignants absents dans les lycées en annonçant, le 8 octobre, le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants dans les établissements où la situation l’exige. Une plateforme, Agora, a également été mise en ligne pour recueillir, , jusqu’au 23 octobre, la parole des lycéens. Selon un bilan dressé par le Premier ministre(Nouvelle fenêtre) le 11 octobre, « 71% des contributions évoquent l’organisation du temps scolaire », « 51% soulèvent des difficultés liées aux bâtiments et aux conditions matérielles dans les lycées », et « 28,5% abordent la question des professeurs absents et de leur remplacement ».
Mais d’autres annonces sont surtout attendues lundi 26 octobre. « Dès lundi matin, nous réunirons l’ensemble des représentants de la communauté éducative pour leur présenter une première série de décisions sur la question des effectifs, du remplacement, de Parcoursup », a annoncé mercredi Edouard Geffray, ministre de l’Education à l’Assemblée nationale. « On ne va pas lâcher cette affaire », a assuré le même jour depuis le Qatar Emmanuel Macron, parlant des « demandes légitimes de la jeunesse ». A l’issue d’un conseil de défense, jeudi, le président de la République a précisé que le chef du gouvernement serait présent lors de la réunion lundi avec les organisations lycéennes et étudiantes.
Le chef de l’Etat les a, pour sa part, reçus vendredi après-midi. Nathanaël Combary, président du conseil d’administration du mouvement Renouveau lycéen, a salué à la sortie un président de la République « à l’écoute », qui a promis une « réforme de la démocratie scolaire » et une « refonte complète » de Parcoursup. Mais « on n’est pas satisfaits, on attend notre réunion avec le Premier ministre », a-t-il ajouté.
Les revendications des gilets jaunes
• Ce qu’ils demandent. Les gilets jaunes revendiquent de pouvoir vivre dignement, alors que les prix du carburant mais aussi de l’alimentation, de l’énergie et du logement n’en finissent plus de peser sur les budgets. Le collectif 17octobregiletjaune.net(Nouvelle fenêtre) réclame « la démission d’Emmanuel Macron » et « la fin de cette démocratie représentative qui méprise les intérêts du peuple ». Il exige également « l’interdiction des grenades de désencerclement et des LBD contre les manifestants, la fin des interpellations de masse, des gardes à vue de mineurs ».
Deux autres organisations de gilets jaunes, le collectif Unité gilets jaunes et l’association Yellowsphere réclament pour leur part une Constitution « qui défende réellement les citoyens avec le référendum d’initiative citoyenne (RIC) pour plus de démocratie directe » et un « référendum sur la sortie de l’UE ».
• Ce que leur répond le gouvernement. L’exécutif ne s’est pas spécifiquement adressé aux gilets jaunes. La coordination du mouvement à l’origine des manifestations du 17 octobre a dénoncé un « discours vide » d’Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée et demandé à être reçue à l’Elysée avec des représentants de divers secteurs mobilisés. Sans que cela ne soit suivi d’effets. Ils ont, par ailleurs, appelé à un « acte 2 » avec de nouvelles actions samedi 24 octobre ainsi que le 31. Mais le parcours à Paris qu’ils ont proposé avec l’Interfac IDF, entre Bastille et Opéra, a été refusé par la préfecture. Après avoir négocié avec l’intersyndicale une marche entre les places de la Bastille et de la Nation, la préfecture de police de Paris a interdit ce choix vendredi soir, proposant à la place aux manifestants de marcher entre la porte d’Italie et la porte de Vincennes. L’intersyndicale a déposé un référé devant le tribunal administratif de Paris contre cette décision, selon des sources concordantes auprès de l’Agence Radio France.